LE PENSIONNAT (DORM - DEK HOR) : ENTRETIEN AVEC SONGYOS SUGMAKANAN (RÉALISATEUR)

Débarquant enfin dans les salles françaises aujourd'hui, mercredi 22 août 2007, Le Pensionnat est une œuvre hybride tenant autant du film d'épouvante que du drame nostalgique sur l'enfance. Premier long-métrage "en solitaire" du jeune cinéaste thaïlandais Songyos Sugmakanan (co-réalisateur du toujours inédit My Girl), Le Pensionnat fut projeté l’an dernier en première internationale durant la 10ème édition du Pusan International Film Festival (Corée du Sud), qui eut lieu entre le 12 et le 20 octobre 2006. C’est dans le cadre de ce festival que j’eus l’occasion de réaliser l’entretien qui suit…

• Avec Le Pensionnat, vous vous intéressez une fois de plus à une histoire liée à l’enfance, pourquoi ?

Ce film s’inspire de mes propres expériences lorsque j’étais enfant et je désirais absolument les partager avec le public. Comme le personnage principal, Ton, j’ai été envoyé en pension par mon père alors que je ne voulais absolument pas m’éloigner de mon environnement habituel. Mais après y être resté pendant trois ans, quelque chose en moi a changé. Plus tard, mon père a voulu que je retourne à Bangkok pour faire mes études, mais finalement, je ne voulais plus y retourner. Car cette expérience, loin de ma famille, avait été en quelque sorte, une très bonne chose, qui m’a permis d’évoluer, de grandir…

• Pourquoi avoir choisi de faire du Pensionnat un film fantastique psychologique plutôt qu’un drame ou une comédie dramatique réaliste ?

Je voulais montrer qu’en Thaïlande, être seul dans un pensionnat peut éveiller des peurs très profondes.
Et bien évidemment, faire de cette histoire un film effrayant était également un bon atout au niveau commercial et marketing. Mais la partie véritablement fantastique du Pensionnat n’intervient que dans la première moitié du film, lorsque le personnage principal interprété par Charlie Trairat a des problèmes pour s’adapter à un environnement dont il a très peur. Il est peu bavard, il n’a pas d’amis, et il est très confus.
Au fur et à mesure que l’histoire évolue, le film se dirige lentement vers un genre plus dramatique qui met surtout en avant les émotions des personnages. Il est moins axé sur les effets propres au cinéma de genre.

• Comment s’est déroulée la sélection du casting du Pensionnat?

Charlie Trairat avait déjà joué dans mon précédent film, Fan Chan (My Girl). J’avais déjà en tête cet acteur pour le rôle principal, Ton, lors de l’écriture du scénario du film.Idem pour Jintara Sukaphatana, la comédienne qui joue le rôle du professeur de Ton. Pour les autres comédiens, j’ai dû partir à la recherche de nouveaux visages. Je me suis donc déplacé dans plusieurs écoles pour trouver des garçons correspondants aux personnages que j’avais écrits. Durant le développement du scénario et jusqu’à la fin de l’écriture, je n’avais vraiment aucune idée de qui allait vraiment pouvoir jouer tous ces rôles.

Songyos Sugmakanan (Pusan - Octobre 2006)

Pensez-vous que le public thaïlandais croit aux histoires surnaturelles comme lors de la scène au début du film lorsque la voiture traverse le pont ?

Certaines personnes y croient, d’autres non. Vous faites référence au passage où la voiture passe au-dessus de la rivière Bangpakong. Les personnages retiennent leur respiration et font un vœu dans l’espoir qu’il se réalise. Quand j’étais jeune, j’avais beaucoup d’imagination et j’ai aussi eu beaucoup d’expériences assez étranges. Certains épisodes de mon film, je les ai purement inventés, mais j’ai essayé de combiner le surnaturel et le réel de façon à ce que l’ensemble soit plutôt plausible. Certaines personnes peuvent me dire « Je sais que ce n’est pas vrai », mais ce ne sera pas perçu comme un véritable mensonge, car ces croyances existent.

• Quelle fut la scène la plus difficile à tourner ?

La scène de noyade où le personnage est censé revivre sa mort en flottant dans les airs. Cette scène a demandé un grand nombre d’effets spéciaux. Le jeune acteur qui a dû passer trois jours dans l’eau. Je me sens vraiment désolé pour lui d’avoir dû le forcer à faire cela. De plus, c’est un nouvel acteur qui n’avait jamais tourné avant. Je lui en ai vraiment demandé beaucoup, mais finalement, ça a payé, car je trouve le résultat très satisfaisant.

La scène de cinéma en plein air où tous les jeunes enfants regardent le film d’horreur est très réaliste. Est-ce un vrai film que vous leur avez projeté ?

Non, nous avons tourné un faux film de vampire pour cette scène. En fait, je me suis inspiré du film hongkongais Mister Vampire avec Lam Ching-ying. J’adore ce film et j’en ai recréé ma version personnelle pour Le Pensionnat. Je ne pouvais pas me permettre de projeter l’original car je m’inquiétais du temps qu’il aurait fallu passer à négocier les droits. Il était donc beaucoup plus simple d’en faire une version Thaï. Cela m’a pris deux jours pour tourner cette version. Je me suis bien amusé ! J’ai revu tous mes films fantastiques favoris de l’époque pour m’inspirer et faire ce court métrage. Les films de Hong Kong ont bercé mon enfance. Il était donc logique que je fasse partager cet épisode de ma vie au public. Lorsque tous les enfants regroupent leurs jambes simultanément sur leur chaise à la vue du film où un vampire essaie d’attraper les jambes du personnage principal, cela s’est vraiment produit de la sorte. De plus, cette scène a été tournée dans mon ancienne école.

Le film possède une très belle photographie. Comment s’est déroulé le travail avec votre chef opérateur ?

Sur Fan Chan, j’étais à la fois directeur de la photographie et co-réalisateur. Mais dans la mesure où j’étais le seul réalisateur pour Le Pensionnat, je pense que je ne pouvais pas assurer ces deux fonctions avec la même efficacité. Niramon Ross, le chef opérateur du Pensionnat, et moi, avions déjà travaillé auparavant sur des publicités et sur un court métrage. Quand nous discutons technique, je pense que nous avons la même vision des choses. De plus, Niramon Ross a également signé la photographie de Shutter de Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom, qui est selon moi, un très bon film d’épouvante thaï. J’attends avec impatience le prochain film de ces deux réalisateurs, Alone, qui devrait apporter un souffle nouveau et original au cinéma fantastique thaïlandais.

Songyos Sugmakanan (Pusan - Octobre 2006)

Quels sont les cinéastes qui vous ont influencé ou donné envie de faire du cinéma ?

Il y en a plusieurs. Du côté du cinéma asiatique, j’aime beaucoup Hirokazu Koreeda, le réalisateur de After Life. J’adore également Shunji Iwai ainsi que Zhang Yimou. Du coté occidental, j’apprécie particulièrement le travail de Cameron Crowe.

• Pourquoi avez-vous décidé de placer le retournement de situation, qui comporte une révélation majeure, en plein milieu du film ?

Je voulais tenter de faire un style de film de fantômes différent de ce qui avait été fait auparavant. Et je voulais aussi montrer que l’aspect fantastique du Pensionnat n’était pas l’intérêt principal du film. C’est la relation entre les êtres humains qui m’importait le plus. Le retournement de situation n’est pas la surprise ultime du film. Je pense qu’un film fantastique n’a pas besoin d’être effrayant du début à la fin pour être réussi. La partie psychologique se doit d’être également à la hauteur. La plupart de mes films fantastiques favoris développent surtout le côté émotionnel de l’histoire.

• Parlez-nous de votre travail avec le compositeur de la bande originale du Pensionnat.

Nous n’avons pas vraiment discuté musique car durant le montage, je lui décrivais surtout le type d’émotion que je voulais faire passer à travers telle ou telle scène. Aussi, durant la postproduction, le monteur, le producteur et moi-même avons discuté de la longueur du film. Au début, le scénario était très long, et Le Pensionnat aurait put être un film de trois heures. Finalement, nous avons réussi à ramener le film en dessous de deux heures.

• Qui sont les plus faciles à diriger : les enfants ou les adultes ?

Il est assez difficile de diriger des enfants. J’ai beaucoup discuté avec eux pour leur expliquer la façon dont je voulais qu’ils jouent exactement et faire apparaître leurs émotions. Mais bizarrement, même si c’est plus difficile, j’ai préféré tourner avec les enfants. Car leurs émotions sonnaient tellement vraies qu’on a l’impression qu’ils ne jouaient pas. J’ai fait ce film pour les jeunes et les moins jeunes. Peut-être que les adultes ne trouveront pas le film si effrayant que cela au final, mais ce qui m’importait c’était de faire revivre mes souvenirs d’enfance via un film de genre.

Entretien publié pour la première fois dans le dossier de presse français du film téléchargeable en PDF ici : Le Pensionnat (Dossier de Presse)
Autres Liens : Site officiel français / Site officiel thai

Frédéric Ambroisine (22 août 2007)
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