LE MYSTERE KUMITE: RÉVÉLATIONS SUR HKCINEMAGIC !

A la fin du mois de novembre 2007, la sortie du 34ème numéro du magazine Kumite en kiosque marquera également ses huit ans d’existence. Suite aux réactions de « forumeurs » cinéphiles énervés et/ou frustrés à cause de la politique éditoriale du magazine jusqu'ici (car vendu obligatoirement avec un film), un journaliste du site HKcinemagic est donc allé tout simplement interroger le rédacteur en chef de Kumite, Charles Ferragut pour tenter de lever le voile sur le « mystère Kumite ».

HKCinemagic : Donnez-nous un bref historique des ventes et de la fréquence de publication du magazine depuis sa création si possible. Quelle est l’évolution ?

Charles Ferragut : Kumite n°1 est sorti en novembre 1999 avec en accompagnement la cassette vidéo du Maître Chinois. Les ventes ont été exceptionnelles (de l’ordre de 20 000 à 30 000 exemplaires vendus). Cela s’est confirmé avec les numéros suivants. Ce phénomène s’explique aisément par le fait que c’était le début en kiosque de la formule un magazine + une cassette vidéo. Il y a eu un âge d’or de ce marché qui est maintenant révolu. Le passage au DVD a nettement compliqué les choses. D’abord parce que le catalogue de titres à notre disposition s’est considérablement réduit et que le prix a été revu à la hausse (question de rentabilité) en même temps que les ventes ont commencé à chuter. Pour cette raison, le magazine a cessé de paraître pendant quasiment un an faute de film disponible. À cette époque, Kumite ne faisait pas encore 68 pages et était clairement un « plus produit » pour accompagner le DVD plutôt que l’inverse. Toujours pour cette même raison, nous sommes passés bimestriel.

HKCM : Kumite est différent des autres magazines, car il bénéfice du soutien d’un éditeur comme Seven Sept. Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

CF : Les avantages sont liés au soutien financier d’une société aux multiples facettes, les inconvénients à l’idée erronée que nous pouvons rentabiliser un magazine destiné à une « niche » qui est loin d’être comparable, par exemple, avec celle du manga.

HKCM : Comment est considéré le magazine chez les distributeurs de presse ? Comment se positionne le magazine en termes de vente ?

CF : Il est plutôt bien vu même si peu le lisent réellement. Les reproches concernent évidemment son prix - pour le moment élevé - et le fait que ce soit un produit hybride classé « multimédia » qui se retrouve donc dans les bacs DVD et pas dans le rayon de la presse « cinéma ».

HKCM : Comment expliquer le prix « excessif » du magazine bien qu’il soit passé de près de 13 euros à moins de 10 euros ?

CF : Quand vous établissez votre budget, vous calculez le seuil de rentabilité à partir de vos dépenses qui pour Kumite concerne la maquette et l’impression du magazine, le règlement des journalistes pour les articles, tous les frais liés à la fabrication du DVD (pressage des disques, impressions des jaquettes) au conditionnement et à la livraison dans les points de vente, sans oublier les sommes à reverser aux ayants droits du film. Ces dépenses font grimper les prix dès lors que votre objectif est de ne pas perdre d’argent. Il va de soi que si le magazine est vendu sans DVD, le prix est à diviser au minimum par trois. La pagination serait alors sans doute augmentée pour que nous soyons crédibles tant au niveau des lecteurs que des annonceurs car la publicité est dès lors indispensable pour financer la refonte du magazine. Ici, tout le monde est payé en temps et en heure. Il n’y a pas de bénévolat.

HKCM : Qui décide des DVD à inclure ? Comment sont déterminées les versions des films proposés ? (VO, VF, Version cut, versions uncut etc.)

CF : On ne décide pas vraiment, car le choix est extrêmement restreint du fait que les critères de sélection sont basés non pas sur ce que l’on veut mais sur ce que l’on peut. Ne peuvent sortir avec Kumite que des films issus de notre catalogue et dont la rentabilité (achat de droit, achat du matériel, doublage, sous-titrage) est assurée par une exploitation en amont (sortie cinéma, passage télévisé, location et vente au prix fort) avant de connaître une exploitation en kiosque à prix moyen. Cependant, même si le DVD vendu avec Kumite est disponible moins cher dans les solderies ou sur des sites de vente en ligne, les coûts du magazine ne nous permettent pas de nous aligner.

HKCM : Qu’est-ce qui vend le mieux pour un tel magazine ? Des pages sur Jackie Chan et Bruce Lee, des films obscures coréens ou thaïlandais, des interviews, des images, le DVD lui-même ? En d’autres termes, quel est l’atout majeur qui fait que Kumite vend ?

CF : LE FILM. C’est sa notoriété qui influe sur les ventes de Kumite. Cependant, un titre fort (avec une vedette en tête d’affiche) qui a été surexploité a peu de chance de se vendre au kilo en kiosque même avec un magazine. Ceux qui achètent Kumite sans se soucier du film (et donc du prix) apprécie le mélange à la fois pointu et sans prise de tête de la ligne éditoriale. C’est en tous les cas ce que l’on m’a rapporté. Ils seraient sans doute un peu plus nombreux si une formule plus économique sans DVD est proposée. Mais je pense que ça concerne en France 3000 à 6000 personnes maximum.

HKCM : Le magazine en est à son numéro 33, un record. Même HK magazine s’était arrêté au numéro 15. Comment expliquer cela ? Malgré les déboires récents, pouvez-vous prolonger le succès du magazine ?

CF : Le magazine existe pour une raison que la raison ignore ! Plus sérieusement, sa longévité est trompeuse puisque nous sommes passés d’une feuille de choux de 32 pages avec une maquette terrifiante à un fanzine de 48 pages. Il a fallu attendre le n°8 en mars 2001 pour avoir une vraie couverture rigide. Le premier logo avec le leitmotiv « le cinéma des arts martiaux » a disparu avec le suivant. En mars 2003, le n°18 s’est retrouvé amputé de 12 pages. Il y a eu un trou entre mai 2004 et mai 2005. Le n°25 est le dernier avec l’ancienne maquette (qui s’est tout de même améliorée avec le temps). Avec le n°26, nous sommes passés à la formule actuelle.

HKCM « Je veux plus de pages, pas de DVD, un magazine moins cher, plus beau, etc… ». Est-ce possible d’avoir un tel magazine au sein de la situation actuelle de la presse française ? Pourquoi ?

CF : On y travaille. Le n°34 prévu pour une sortie en novembre 2007 devrait être proposé en deux versions : avec ou sans DVD. La version sans DVD sera évidemment vendue à un prix très attractif. Il n’est pas exclu que la maquette change à l’occasion et que de nouvelles rubriques soient incluses. Je ne saurais vous dire pour le moment si la pagination sera augmentée de façon significative. Tous ça est à prendre au conditionnel.

HKCM : Pourquoi le magazine n'est pas disponible sans le DVD ? Est-ce qu'une formule sans DVD aurait été envisageable ou est-ce que cela aurait nui à la viabilité du magazine ? On a vu des magazines comme Mad Asia, Eiga No Mura et Asian Pulp se planter. Comment expliquez-vous cela?

CF : Les mésaventures récentes d’Asia Pulp et Mad Asia ne nous ont pas incité jusqu’à maintenant à tenter l’expérience de la vente de Kumite sans DVD. La différence, c’est qu’aujourd’hui, nous n’avons plus le choix. C’est une question de vie ou de mort, ni plus ni moins. Et puis la naissance de Score Asia ne nous permet pas de faire comme si nous étions les derniers survivants. Je suis curieux de connaître les ventes de ce nouveau titre. Ce sera très instructif sur l’état du marché.

HKCM : Peut-on parler d’une vraie concurrence des sites Internet sur le cinéma asiatique ? La ressentez-vous dans les ventes ?

CF : Internet est un concurrent autant pour la presse que pour les CD, les DVD ou les jeux vidéo au niveau de la vente… C’est par contre un complément indispensable pour s’informer. Moi-même, j’ai besoin d’Internet pour travailler. À l’époque de HK magazine, c’était beaucoup plus difficile de s’informer sur le net et encore plus difficile de préparer des sujets sans pouvoir dialoguer aisément avec des correspondants étrangers. Pour ma part, je vais essentiellement sur les sites de promotions des cinémas asiatiques par des instances gouvernementales ou privées plutôt que sur les sites sur le cinéma asiatique où l’on retrouve parfois les mêmes informations. On touche ici un paradoxe car Kumite est conçu à la fois comme un magazine qui peut être lu longtemps après sa date de parution sans que les informations soient toutes périmées, et que nous sommes souvent embarrassés de ne pas pouvoir coller un peu plus à l’actualité à cause de notre rythme de parution bimestrielle.

HKCM : D’autres remarques à formuler ? Quel est votre souhait pour ce magazine ?

CF : Je regrette que l’on ne puisse pas s’abonner et commander les anciens numéros. La vie de chaque numéro est éphémère car limitée à un ou deux mois de mise en vente exclusivement dans les points presse. Les opportunités de se développer et de se faire connaître ailleurs nous passe sous le nez. C’est souvent la croix et la bannière pour trouver des exemplaires.

Entretien réalisé par Thomas Podvin, publié pour la première fois le 3 août 2007 sur le HKCinemagic Forum (Lien direct : [INTERVIEW] KUMITE MAGAZINE, LE BOSS S'EXPLIQUE) et reproduit le 11 août 2007 sur fredambroisine.com avec l'aimable autorisation de HKCinemagic.

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