HKCinemagic : Donnez-nous
un bref historique des ventes et de la fréquence de publication
du magazine depuis sa création si possible. Quelle est l’évolution
?
Charles
Ferragut :
Kumite n°1 est sorti en novembre 1999
avec en accompagnement la cassette vidéo du Maître
Chinois. Les ventes ont été exceptionnelles (de l’ordre
de 20 000 à 30 000 exemplaires vendus). Cela s’est
confirmé avec les numéros suivants. Ce phénomène
s’explique aisément par le fait que c’était
le début en kiosque de la formule un magazine + une cassette
vidéo. Il y a eu un âge d’or de ce marché
qui est maintenant révolu. Le passage au DVD a nettement
compliqué les choses. D’abord parce que le catalogue
de titres à notre disposition s’est considérablement
réduit et que le prix a été revu à la
hausse (question de rentabilité) en même temps que
les ventes ont commencé à chuter. Pour cette raison,
le magazine a cessé de paraître pendant quasiment un
an faute de film disponible. À cette époque, Kumite
ne faisait pas encore 68 pages et était clairement un «
plus produit » pour accompagner le DVD plutôt que l’inverse.
Toujours pour cette même raison, nous sommes passés
bimestriel.
HKCM
: Kumite est différent des autres magazines, car il bénéfice
du soutien d’un éditeur comme Seven Sept. Quels en
sont les avantages et les inconvénients ?
CF
: Les avantages sont liés au soutien financier d’une
société aux multiples facettes, les inconvénients
à l’idée erronée que nous pouvons rentabiliser
un magazine destiné à une « niche » qui
est loin d’être comparable, par exemple, avec celle
du manga.
HKCM
: Comment est considéré le magazine chez les distributeurs
de presse ? Comment se positionne le magazine en termes de vente
?
CF
: Il est plutôt bien vu même si peu le lisent réellement.
Les reproches concernent évidemment son prix - pour le moment
élevé - et le fait que ce soit un produit hybride
classé « multimédia » qui se retrouve
donc dans les bacs DVD et pas dans le rayon de la presse «
cinéma ».
HKCM
: Comment expliquer le prix « excessif » du magazine
bien qu’il soit passé de près de 13 euros à
moins de 10 euros ?
CF
: Quand vous établissez votre budget, vous calculez le seuil
de rentabilité à partir de vos dépenses qui
pour Kumite concerne la maquette et l’impression
du magazine, le règlement des journalistes pour les articles,
tous les frais liés à la fabrication du DVD (pressage
des disques, impressions des jaquettes) au conditionnement et à
la livraison dans les points de vente, sans oublier les sommes à
reverser aux ayants droits du film. Ces dépenses font grimper
les prix dès lors que votre objectif est de ne pas perdre
d’argent. Il va de soi que si le magazine est vendu sans DVD,
le prix est à diviser au minimum par trois. La pagination
serait alors sans doute augmentée pour que nous soyons crédibles
tant au niveau des lecteurs que des annonceurs car la publicité
est dès lors indispensable pour financer la refonte du magazine.
Ici, tout le monde est payé en temps et en heure. Il n’y
a pas de bénévolat.
HKCM
: Qui décide des DVD à inclure ? Comment sont déterminées
les versions des films proposés ? (VO, VF, Version cut, versions
uncut etc.)
CF
: On ne décide pas vraiment, car le choix est extrêmement
restreint du fait que les critères de sélection sont
basés non pas sur ce que l’on veut mais sur ce que
l’on peut. Ne peuvent sortir avec Kumite
que des films issus de notre catalogue et dont la rentabilité
(achat de droit, achat du matériel, doublage, sous-titrage)
est assurée par une exploitation en amont (sortie cinéma,
passage télévisé, location et vente au prix
fort) avant de connaître une exploitation en kiosque à
prix moyen. Cependant, même si le DVD vendu avec Kumite est
disponible moins cher dans les solderies ou sur des sites de vente
en ligne, les coûts du magazine ne nous permettent pas de
nous aligner.
HKCM
: Qu’est-ce qui vend le mieux pour un tel magazine ? Des pages
sur Jackie Chan et Bruce Lee, des films obscures coréens
ou thaïlandais, des interviews, des images, le DVD lui-même
? En d’autres termes, quel est l’atout majeur qui fait
que Kumite vend ?
CF
: LE FILM. C’est sa notoriété qui influe sur
les ventes de Kumite. Cependant, un titre fort (avec une vedette
en tête d’affiche) qui a été surexploité
a peu de chance de se vendre au kilo en kiosque même avec
un magazine. Ceux qui achètent Kumite
sans se soucier du film (et donc du prix) apprécie le mélange
à la fois pointu et sans prise de tête de la ligne
éditoriale. C’est en tous les cas ce que l’on
m’a rapporté. Ils seraient sans doute un peu plus nombreux
si une formule plus économique sans DVD est proposée.
Mais je pense que ça concerne en France 3000 à 6000
personnes maximum.
HKCM
: Le magazine en est à son numéro 33, un record. Même
HK magazine s’était arrêté au numéro
15. Comment expliquer cela ? Malgré les déboires récents,
pouvez-vous prolonger le succès du magazine ?
CF
: Le magazine existe pour une raison que la raison ignore ! Plus
sérieusement, sa longévité est trompeuse puisque
nous sommes passés d’une feuille de choux de 32 pages
avec une maquette terrifiante à un fanzine de 48 pages. Il
a fallu attendre le n°8 en mars 2001 pour avoir une vraie couverture
rigide. Le premier logo avec le leitmotiv « le cinéma
des arts martiaux » a disparu avec le suivant. En mars 2003,
le n°18 s’est retrouvé amputé de 12 pages.
Il y a eu un trou entre mai 2004 et mai 2005. Le n°25 est le
dernier avec l’ancienne maquette (qui s’est tout de
même améliorée avec le temps). Avec le n°26,
nous sommes passés à la formule actuelle.
HKCM
« Je veux plus de pages, pas de DVD, un magazine moins cher,
plus beau, etc… ». Est-ce possible d’avoir un
tel magazine au sein de la situation actuelle de la presse française
? Pourquoi ?
CF
: On y travaille. Le n°34 prévu pour une sortie en novembre
2007 devrait être proposé en deux versions : avec ou
sans DVD. La version sans DVD sera évidemment vendue à
un prix très attractif. Il n’est pas exclu que la maquette
change à l’occasion et que de nouvelles rubriques soient
incluses. Je ne saurais vous dire pour le moment si la pagination
sera augmentée de façon significative. Tous ça
est à prendre au conditionnel.
HKCM
: Pourquoi le magazine n'est pas disponible sans le DVD ? Est-ce
qu'une formule sans DVD aurait été envisageable ou
est-ce que cela aurait nui à la viabilité du magazine
? On a vu des magazines comme Mad Asia, Eiga No Mura
et Asian Pulp se planter. Comment expliquez-vous cela?
CF
: Les mésaventures récentes d’Asia
Pulp et Mad Asia ne nous
ont pas incité jusqu’à maintenant à tenter
l’expérience de la vente de Kumite sans
DVD. La différence, c’est qu’aujourd’hui,
nous n’avons plus le choix. C’est une question de vie
ou de mort, ni plus ni moins. Et puis la naissance de Score
Asia ne nous permet pas de faire comme si nous étions
les derniers survivants. Je suis curieux de connaître les
ventes de ce nouveau titre. Ce sera très instructif sur l’état
du marché.
HKCM
: Peut-on parler d’une vraie concurrence des sites Internet
sur le cinéma asiatique ? La ressentez-vous dans les ventes
?
CF
: Internet est un concurrent autant pour la presse que pour les
CD, les DVD ou les jeux vidéo au niveau de la vente…
C’est par contre un complément indispensable pour s’informer.
Moi-même, j’ai besoin d’Internet pour travailler.
À l’époque de HK magazine,
c’était beaucoup plus difficile de s’informer
sur le net et encore plus difficile de préparer des sujets
sans pouvoir dialoguer aisément avec des correspondants étrangers.
Pour ma part, je vais essentiellement sur les sites de promotions
des cinémas asiatiques par des instances gouvernementales
ou privées plutôt que sur les sites sur le cinéma
asiatique où l’on retrouve parfois les mêmes
informations. On touche ici un paradoxe car Kumite est
conçu à la fois comme un magazine qui peut être
lu longtemps après sa date de parution sans que les informations
soient toutes périmées, et que nous sommes souvent
embarrassés de ne pas pouvoir coller un peu plus à
l’actualité à cause de notre rythme de parution
bimestrielle.
HKCM
: D’autres remarques à formuler ? Quel est votre souhait
pour ce magazine ?
CF
: Je regrette que l’on ne puisse pas s’abonner et commander
les anciens numéros. La vie de chaque numéro est éphémère
car limitée à un ou deux mois de mise en vente exclusivement
dans les points presse. Les opportunités de se développer
et de se faire connaître ailleurs nous passe sous le nez.
C’est souvent la croix et la bannière pour trouver
des exemplaires.
Entretien
réalisé par Thomas Podvin, publié pour la première
fois le 3 août 2007 sur le HKCinemagic
Forum (Lien direct : [INTERVIEW]
KUMITE MAGAZINE, LE BOSS S'EXPLIQUE) et reproduit le 11
août 2007 sur fredambroisine.com avec l'aimable autorisation
de HKCinemagic.
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